jeudi, 14 avril 2005

Douceur romaine

Cabanachome2Dernier jour avant bouclage du numéro de Pèlerin. Lever au petit matin encore sombre pour relire le travail accompli en commun avec les journalistes de la rédaction. Puis je descends en ville, achète et lis la presse. Appelle au téléphone, deux portables en main avec un numéro français et un autre italien, sans oublier l’ordinateur, portable aussi, l’agenda électronique, la clé USB… Tout est portable mais constitue autant de maillons d’une chaîne qui me rattache et me relie à la rédaction dont je pensais être très loin. Heureusement la douceur romaine crée un climat particulier.

Des rendez-vous me conduisent dans le Trastevere, joli quartier typique de Rome, marqué aussi par le tourisme. Ruelles et petites places où on déambule en marchant, enfants qui courent, touristes qui photographient et romains qui ne font plus attention à ces « stranieri ».

La messe quotidienne de la neuvaine célébrée depuis le vendredi 8 avril est présidée ce soir par le cardinal Nasralah Sfeir, Patriarche maronite, libanais, selon le rite oriental qui mêle les diverses Eglises catholiques d’Orient, d’Ukraine, d’autres pays d’Europe de l’Est et même de l’Inde avec les Malakars et les Syro-Malabars. Les chants en syriaque et les vêtements liturgiques colorés donnent le ton d’une célébration inhabituelle dans l’immense vaisseau baroque de Saint-Pierre. 

mercredi, 13 avril 2005

Faire le tri entre information et rumeur

Premier jour de visite publique à la tombe de Jean-Paul II. Sans comparaison avec l’immense procession des jours précédents, des centaines de pèlerins attendent et prennent le tour extérieur qui évite d’entrer dans la basilique pour atteindre la crypte.

Autre longue attente pour obtenir les timbres émis par le Vatican avec la mention Sede vacante (Siège vacant). Tirage limité de timbres imprimés en France et dont la validité cessera à l’élection du prochain pape. Avis aux philatélistes !

Tout cela se déroule sous un soleil parfois caché par les nuages de fin d’après midi où il pluie légère vient mouiller les pèlerins sans parapluie. A distance, je reste en lien avec la rédaction de Pèlerin, pour travailler sur les prochains articles à publier, écrire et relire, pour aller la pêche aux informations qui transpirent peu ou en « soutirer » aux membres du Collège des cardinaux, désormais muets, officiellement.

Je parcours la presse et faire le tri entre information et rumeur. Le collège des cardinaux se réunit dans un certain secret. Ils discutent. Electeurs ou non, âgés de 80 ans ou plus, les voici près de 140. Aujourd’hui défilent devant eux les ambassadeurs accrédités près du Saint-Siège représentant plus de 170 pays. Ils viennent exprimer leurs condoléances au Sacré Collège.

mardi, 12 avril 2005

Me voici devant cette grande plaque de marbre blanc...

Après un passage devant la tombe dépouillée de Paul VI et quelques minutes d’attente, me voici devant cette grande plaque de marbre blanc, en plan incliné, avec pour seule inscription Ioannes Paulus II, 18-05-1920  2-04-2005. Près de 85 ans d’une vie que ni la froideur ni la sobriété de ce morceau de pierre ne saurait contenir et résumer.

En fin d’après midi, tous les cardinaux se retrouvent pour la célébration de la messe à Saint-Pierre à 17h00. La basilique est pleine, le latin est la langue liturgique mais les participants parlent toutes les langues du monde. Voici une parcelle de l’Eglise universelle, non pas Tour de Babel mais une communauté qui prie, chante et parfois pleure. A la fin de la célébration, tous les cardinaux descendent à la crypte pour à leur tour s’incliner devant la tombe du Pape. Dans une ambiance bonne enfant, à la sortie se croisent les fidèles et les éminences que quelques policiers essaient de protéger de la foule curieuse mais calme et douce.

Le travail des congrégations générales des cardinaux continue. Mais aujourd’hui, démarche émouvante d’une foule de journalistes devenus très pieux ! Nous devons faire la queue pour voir pour la première fois la tombe du Pape Jean-Paul II.

Après être passés sous l’Arc des cloches à gauche de la basilique, nous entrons au niveau de la crypte. En passant, j’aperçois le petit escalier qui descend vers les fouilles de Saint-Pierre, au niveau de la tombe du premier Pape. Mais tout le monde se dirige lentement, dans un silence relatif, vers ce lieu où était enterré auparavant Jean XXIII. Son corps repose désormais au niveau supérieur de la basilique.

samedi, 09 avril 2005

Vincent Cabanac : GRAZIE !

Cabanachome Rome est tout en gris ce matin. Après le vent et le soleil de la veille, la Ville éternelle est dans les nuages et sous la pluie. Elle s’est couverte du manteau de deuil. Quelques jours nous seront nécessaires pour le quitter. Comme après la perte d’un être cher, il faut nous habituer à vivre sans lui.

En plein milieu de la place Saint-Pierre, devant l’obélisque, des veilleuses, des bougies et des petits mots sont posés par ces pèlerins de l’espérance.

Personne ne pourra repartir chez lui sans porter les fruits d’une expérience spirituelle très forte.
Jean-Paul II a réuni des foules, non pour l’acclamer mais pour prendre avec lui un chemin qui peut mener ceux qui le veulent vers le Christ !

Merci très Saint-Père : GRAZIE !

vendredi, 08 avril 2005

Vincent Cabanac : Ne pleurez pas

Cabanachome_1 Voici le jour des funérailles. Le vent souffle fort et soulève les chasubles des cardinaux qui arrivent en procession sur le parvis de Saint-Pierre. Cela évite d’être trop figé.

Le cercueil dépouillé a pour seule inscription les signes de la foi de Jean-Paul II au Christ avec la Croix et de son affection pour Marie avec le M.

Tous les grands du monde sont là ! Ils regardent et sont sans voix en contemplant le succès populaire de celui qui n’a jamais été démagogue ni complaisant surtout à leur égard.

J’ai aimé la célébration, même si son déroulement n’a pas toujours favorisé la participation de cette immense assemblée. Mais la foule s’est exprimée unanimement par ses applaudissements. Marée sonore incessante, langage universel de ces milliers de Polonais, d’Italiens, de Français et d’habitants du monde

Le cardinal Ratzinger laisse faire puis il bénit le corps.

Que dire de ce cercueil, incliné, comme relevé devant la façade de Saint-Pierre, avant son ensevelissement. On se tait pour penser à la référence que Jean-Paul II a fait dans son testament du cantique de Syméon : " Maintenant, ô maître souverain, tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix selon ta parole (Nunc dimittis) ".

Nous le voyons partir définitivement.

Sur le même lieu, Jean-Paul II avait été reconnu Pape lors de son intronisation le 22 octobre 1978.

Ce cercueil me rappelle 25 ans de la vie de l’Eglise. Le temps se déroule en quelques secondes. Des larmes me viennent. Que d’étapes ont jalonné la vie de tant de croyants qui pleurent mais esquissent un sourire.

Le Pape est mort mais il est désormais à la " fenêtre de la maison du Père " comme l’a dit le cardinal Ratzinger.

J’entends encore cet appel lancé en 1978 : " N’ayez pas peur ! ".

J’ai l’impression que Jean-Paul II nous dit aujourd’hui : " Ne pleurez pas ".

A Dio

Luquet2003d_2Une grande émotion ! J'ai voulu d'abord m'approcher de la place St Pierre : les rues étaient sans voiture, seuls circulaient les scooters, je n'étais pas seule à essayer.

Des jeunes femmes avec des bouquets de fleurs jaunes et blanches, et des pèlerins de partout , sacs au dos et l'air un peu fatigué. mais au début de l'avenue de Conciliazione, en face, mais très loin de la Basilique, impossible d'avancer : tous ceux qui avaient campé là, se restauraient et rangeaient leur barda.

A cet endroit aucun écran géant ne permettait de suivre la messe : J'ai alors décidé de revenir vers la piazza del Popolo, en suivant le Tibre. Là ,un grand écran fermait cette belle place ronde où une majorité d'Italiens composait l'assistance de fidèles.

Nous avons suivi la cérémonie comme à St Pierre, applaudissant en même temps, chantant et répondant, nous donnant la paix. Beaucoup de larmes mais des applaudissements nourris, lorsque le cercueil a été présenté à la foule avant de disparaître dans la basilique.

J'étais heureuse d'être là avec les Romains pour ce moment intense d' a Dio. Dsc_0035

"Impossible d'aller plus loin."

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"Piazza del popolo"

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"A Dio!"

                                                                                                                 (photos Luquet)

jeudi, 07 avril 2005

Veillée de prière des jeunes, à Saint-Jean-de-Latran

Vidal_10Pour la veillée de prière des jeunes, la basilique Saint-Jean-de-Latran –siège de l’évêque de Rome- vidée de ses bancs, découvre le somptueux décor de son sol de marbre.

Assise par terre, la « génération Jean-Paul II », venue des quatre coins de l’Italie, mais aussi de Pologne, d’Espagne, de France, d’Allemagne ou de Croatie, prie pour son pape. Et retrouve l’esprit JMJ, sous le regard attentif -et parfois amusé- de plusieurs évêques et d’une flopée de jeunes prêtres.

Des chants entraînants, des textes de « Giovanni Paulo » et des témoignages émouvants. Comme celui de ce séminariste au look de jeune premier, né en 1978 –début du pontificat de Karol Wojtyla-, qui conclut sur ces paroles improvisées : « Nous voulons dire aux cardinaux qui vont se réunir en conclave : imitez le Christ ! Suivez-le comme notre pape Jean-Paul II l’a fait ! »

Et si le thème de cette soirée de prière –« N’ayez pas peur ! » - devenait le nouveau mot d’ordre des jeunes cathos du monde ?

J'ai pu entrevoir la foule sur la place St Pierre

Luquet2003d_2 La place St Pierre est un vrai lieu de pèlerinage.Cette journée est comme une parenthèse entre l'hommage au pape défunt et les funèrailles de demain. Comme j'arrivais en vue du Vatican, des groupes serrés de jeunes Polonais ont dèboulé, avec drapeaux et banderoles dans une ambiance joyeuse qui rappelle celle des JMJ. Beaucoup d'Espagnol et de Français, souvent en famille. J'ai pu me faufiler jusqu'à la Porta Angelica, entrevoir la foule sur la place St Pierre et lever les yeux avec émotion vers les fenetres de l'appartement du pape que l'on  a tant scrutées ces dernières semaines à la télévision.

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Pour repartir, j'ai du traverser les campements improvisés de tous ceux qui veulent rester sur place pour la cérémonie de demain.A chaque coin de rue, des pyramides de bouteilles d'eau sont offertes gentiment par des secouristes bénévoles et souriant: J'ai presque regretté d'avoir un toit ce soir, tant l'ambiance était chaleureuse.

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Voici une des nombreuses affiches que le maire de Rome a fait placarder dans toute la ville : "Merci, Saint-Père".

Les portes de bronze de la basilique ont réouvert à 5h ce matin

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09h00. Dans la salle à manger de la maison des Assomptionnistes, je petit-déjeune avec Valérie, Nîmoise de 34 ans, qui dévore une tranche de « panettone » (brioche italienne) méritée. Elle a vu la dépouille du pape après 18 heures et demi d’attente… Sur un coup de tête, mardi après-midi, à 16h00, elle avait embarqué son mari Didier et trois de leurs 6 enfants dans leur minibus, direction Rome.

« Nous sommes de la génération JMJ, explique Didier, 37 ans. Le pape nous a beaucoup apporté. Nous sommes venus ici en pèlerinage, et parce que nous sentions, en regardant la télé, qu’un vrai élan d’évangélisation accompagnait la mort de Jean-Paul II. » 10 heures de route plus tard, la famille s’est retrouvée parquée entre les barrières du Vatican.

A midi, après 6 heures d’attente, Didier et ses trois enfants ont craqué. Valérie a continué seule. Debout jusqu’à minuit et demi… S’accoudant pour somnoler quelques instants sur les barrières d’aluminium, reprenant des refrains de Taizé, se nourrissant des quelques biscuits prévus pour l’attente. « C’est un vrai miracle qu’il n’y ait pas plus d’incidents graves dans cette foule », lance-t-elle, épuisée mais ravie.

12h00. L’affluence des fidèles ne diminue pas. Les portes de bronze de la basilique ont réouvert à 5h00. Sous la chaleur romaine, de plus en plus de drapeaux polonais. Derrière la colonnade gauche qui encercle la place Saint-Pierre, les « carabinieri » (policiers) écartent les curieux pour laisser passer un cortège de voitures.

Imposantes BMW avec chauffeur ou petites Fiat, modestes Skoda et taxis : les cardinaux sortent de la Congrégation générale, réunion quotidienne qui gère les affaires courantes de l’Eglise durant la vacance du saint-siège. La date d’ouverture du conclave a été annoncée hier soir : il commencera le 18 avril. Mgr Dionigi Tettamanzi, archevêque de Milan, vedette des Italiens et "papabile" sort, lui, à pied. Les Italiens le reconnaissent et l’applaudissent à tout rompre.

Vincent Cabanac : une messe avec Mgr Comastri

Une attente et une grâce inespérée me permettent ce jeudi matin 7 avril, de célébrer la messe dans la basilique Saint-Pierre avec des centaines de prêtres autour de Mgr Comastri. Cet évêque italien avait déclaré avant le décès du pape : " Quand le père souffre, ses enfants se serrent à ses côtés, quand le père meurt, ils s'agenouillent et lui offrent affection, admiration et gratitude ". Nous sommes là pour cela.

Après cette messe émouvante, je peux me recueillir devant la dépouille du Pape. La seule présence de son corps appelle à la prière, pour lui et pour toutes les intentions qu’il a présentées : pour les jeunes, pour la paix, …

Comment cesser ?

Dans ce vaisseau baroque, le silence demeure alors qu’avancent tant de gens harassés par une longue attente mais comblés de passer un instant en prière devant le Pape

Durant tous ces jours le soleil brille, même par intermittence. La foule n’arrête pas de grossir.

J'arrive à Rome

Luquet2003d_1 L'air est doux, il fait 20 degrés. Dans l'avion, j'étais assise à côté d'un jeune prêtre au col romain, vicaire des paroisses de Houilles et Carrières, dans les Yvelines. Heureux de venir rendre un dernier hommage au pape qu'il avait approché à Lourdes, l'été dernier. Il avait réussi à réserver le dernier lit dans une communauté amie.

A l'arrivée à l'aéroport, je me demandais comment rejoindre le centre de Rome avec les transports en commun pris d'assaut, lorsqu'une charmante voyageuse m'aborda et me proposa de m'y emmener avec sa voiture et son chauffeur. Je n'ose pas appeler cela la providence... et pourtant...

Entrant dans Rome, ce qui frappe, ce sont tous les panneaux d'affichage à l'effigie de Jean Paul II, lui rendant grâce pour son pontificat. Ces panneaux se répètent tous les 20 mètres, c'est extraordinaire.

J'ai posé mon sac dans la maison amie qui m'héberge et je pars en tram, le "19", vers le Vatican. Première tentative de communion avec le pèlerins déjà présents.

mercredi, 06 avril 2005

24 heures d’attente pour arriver au catafalque : c'est délirant !

Vidal_scooter2 12h00. La kermesse du Vatican bat son plein. Face au flot, le service d’ordre a imaginé ce matin deux parcours d’accès à la Via della Conciliazione. D’un côté, la foule occupe un des ponts qui franchit le Tibre, en direction du centre-ville.

De l’autre, un parcours compliqué, qui emprunte deux rues parallèles. 20 000 visiteurs par heure, annoncent les forces de polices. Les cadavres des bouteilles de plastique vert pâle, distribuées généreusement par les bénévoles, jonchent les contre-allées de l’artère principale du Vatican. Les parapluies sont de sortie pour contrer le soleil, aujourd’hui bien installé dans le ciel romain. La Protection civile avait prévenu les fidèles en inondant les possesseurs de « telefonini » (téléphones portables) de messages SMS : « Préparez-vous à des files d’attente très longues, avec chaleur le jour et froid la nuit. »

Le temps d’attente pour arriver au catafalque devient délirant : certains patientent depuis 18 heures. Pendant ce temps, ceux qui ont déjà eu la chance de rendre hommage au pape défunt, ou ceux qui ont renoncé mais restent pour l’ambiance, se baladent dans les petites rues du Vatican. De ci de là, des jeunes rattrapent le sommeil perdu, enveloppés dans une couverture ou assis contre un mur, une casquette sur les yeux. Des vendeurs de rue font feu de tout bois : mini-posters du pape et briquets frappés de l’appellation toute neuve de « Jean-Paul le Grand », photos du Saint-père qu’un amateur a développées en quantité et qu’il vend 3 euros l’unité, cartes postales datant d’au moins 20 ans, montrant un pape alerte et jeune …

13h30. Des hélicoptères vrombissent régulièrement dans le ciel romain. En vue de l’arrivée des plus grands responsables politiques et religieux de la terre, l’espace aérien est fermé jusqu’à vendredi minuit, sur un rayon de 60 km autour de Rome. Tout le monde d’inquiète –et les journalistes en premier- de la façon dont on circulera vendredi. Sur les murs de la ville, les affiches à la gloire de Jean-Paul II se multiplient : le diocèse, les mouvements de jeunes, les partis politiques.

15h30. Sur le Circo massimo, immense esplanade antique aujourd’hui recouverte d’herbe, situé à 3 km du Vatican, à vol d’oiseau, des grues installent des écrans géants. Pour les funérailles, il est prévu d’accueillir des fidèles ici et à Tor Vergata, campus de l’est de la ville, et haut lieu des JMJ de l’an 2000. Quatre tentes sont déjà plantées là, dont celle de Luca et Alfonso, deux trentenaires venus en voiture de Trévise (à 560 km d’ici). Ils se reposent après une nuit passée debout, à attendre leur tour devant Saint-Pierre. « Nous n’avons patienté que 7 heures, se réjouit Luca, parce que nous avons coupé un peu.» Pour les obsèques, Alfonso se rendra au Circo massimo, alors que Luca veut tenter sa chance à Saint-Pierre. Sans savoir comment il réussira à retrouver son copain à l’issue de la cérémonie.

22h30. Le service de sécurité chargé de contenir la foule de pèlerins arrête la queue, malgré les supplications et les larmes des nouveaux arrivants. Il faut dire que le serpent humain avait pris des proportions inimaginables : 5 kilomètres de piétinement, pour 24 heures d’attente.

La veille de mon départ

Luquet2003d Mercredi, il est 19 h. Un peu fébrile, je prépare mon bagage. Ne rien oublier car je dois être à 9h demain à Roissy pour le vol vers Rome. Des baskets, un pull, un parapluie et surtout l'accessoire n°1 : le sac à dos-tabouret-pliant super pratique et confortable que j'avais eu à Lourdes il y a trois ans en participant au Pélerinage National du 15 août. Quand j'ai vu à la télévision la foule impressionnante (il paraît que l'on attend un million de Polonais) sur la place Saint-Pierre, j'ai su qu'il me fallait l'emporter... Surtout être à l'heure pour l'avion, car au moindre retard la place sera donnée à ceux qui sont en liste d'attente. Je suis partagée entre la joie de participer à ce grand moment de communion avec notre Eglise et le stress d'un déplacement pas facile. Mais si heureuse de cette grande chance qui m'est accordée.

Vincent cabanac : je suis bouleversé...

Ce mardi matin 5 avril, en attendant mon accréditation de journaliste, je suis au fond de la Via della Conciliazione, entre Saint-Pierre et le château Saint-Ange, la foule se presse en groupes compacts depuis hier soir pour aller honorer le corps du Pape exposé dans la basilique vaticane. Foule bigarrée de tout âge, de toute condition, tranquille et calme.

Dans la douceur d’un matin frais mais ensoleillé, résonnent dans les hauts parleurs, ces chants joyeux et mélodieux que j’ai entendus dans ce même lieu voici près de 5 ans pour les JMJ 2000, en faisant le pèlerinage jubilaire avec des centaines de jeunes dans l’allégresse du mouvement lancé par Jean-Paul II.
Aujourd’hui sans doute y a-t-il des anciens pèlerins de l’an 2000 dans la foule de ceux qui sont là en prière pour et avec Jean-Paul II. Ils forment un fleuve vivant.

La foule avance en flots ininterrompus, vague de fond, ni convoquée, ni organisée à l’avance. Cette spontanéité témoigne de la force de l’événement ! Raz de marée humain qui ne détruit pas. Des femmes et des hommes provenant de tous les pays proclament leur foi en priant et en marchant. Je suis bouleversé d’un tel attachement à un homme qui n’a cessé de proclamer et d’expliquer la parole d’un autre, qui a toujours orienté l’Eglise et le monde à regarder le visage du Christ.

Aurais-je le même courage ?

mardi, 05 avril 2005

1 million de personnes a défilé aujourd'hui

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13h00. Les prévisions de la municipalité romaine explosent heure après heure : ce matin, la fille d’attente pour l’entrée dans la basilique compte plus de 600 000 personnes. Pour parcourir ce chemin de croix, plus de 9 heures d’attente. Les navettes gratuites, entre la gare Termini et la Vatican, déchargent leur flot de pèlerins armés de patience.

Aujourd’hui, les chemins de fer italiens ont programmé 42 trains spéciaux. Alitalia, la compagnie aérienne nationale, propose des prix cassés. Beau geste de solidarité avec cette foule orpheline qui afflue pour un dernier adieu. Certains, cependant, savent profiter de la manne : dans des boutiques du Vatican, on trouve des bouteilles d’un demi-litre d’eau à 4 euros, et des toutes petits pizzas à 5 euros…

18h00. Le maire de la ville éternelle, Walter Veltroni, propose aux chemins de fer italiens de rebaptiser la gare Termini du nom « Jean-Paul II ». Il souhaite que « ce lieu de voyage, de rencontre et d’échange prenne le nom de celui qui, dans sa vie, a rencontré plus de peuples et de personnes que quiconque. »

22h30. La nuit tombée, la foule –essentiellement italienne, mais déjà aussi polonaise- continue à affluer. Sac-à-dos et bonne humeur en bandoulière. « Il y a plus de monde que pour le Jubilé de l’an 2000 ! », assurent les habitants du Borgo, le quartier qui jouxte le Vatican. Les autorités affirment ce soir avoir vu défiler, dans la journée, 1 million de personnes. Elles en attendent autant pour demain et après-demain.

lundi, 04 avril 2005

Je suis allée voir la dépouille exposée à la Basilique

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10h30. Sur la Via della Conciliazione, où défilent pèlerins et curieux, des camions grues s’affairent. Ils installent des barrières d’aluminium, déplacent les palmiers en pot, installent des échafaudages destinés aux media.

Pour les funérailles du souverain pontife, vendredi prochain à 10h00, la municipalité s’apprête à accueillir 2 millions de visiteurs, ou peut-être même le double, Il avait fallu trois ans à la ville pour préparer le Jubilé de l’an 2000. Elle ne dispose aujourd’hui que de trois jours…

Au bout de l’artère qui mène au Vatican, le village des media a poussé, en quelques jours. Sous une armée de paraboles et dans un dédale de câbles, une cinquantaine de camionnettes immatriculées dans le monde entier, et des studios télé improvisés attirent les badauds. Les présentateurs vedette, vêtus de costumes et tartinés de fond de teint, assurent des émissions en direct sur des podiums de fortune. Objectif des caméras : cadrer le journaliste, sur fond de coupole de la basilique Saint-Pierre. Les plus grandes chaînes du monde ont même réservé à prix d’or, et de longue date, les terrasses des édifices environnants, hôtels, écoles, palais et hôpitaux.

Nous, à Pèlerin, logeons chez les Assomptionnistes, dans la belle bâtisse de Due Pini, à deux kilomètres à l’ouest du Vatican. Soit à 5 minutes en scooter, mode de transport éminemment romain que j’ai adopté avec bonheur.

17h30. Au moment où sonne le glas, je suis encore en train d’attendre mon accréditation pour la salle de presse du Saint-Siège. Il me faudra plus de 7 heures d’attente pour obtenir le fameux sésame. Les grands écrans installés au Vatican retransmettent en direct le transfert du corps du pape de la salle Clémentine à la basilique Saint-Pierre.

Douze porteurs en costume gris foncé et gants blancs, les « sediari », encadrés de gardes suisses, portent la dépouille. Mains jointes tenant un chapelet, mitre blanche, vêtements rouges : aucun apparat ne peut masquer pas la maigreur du corps souffrant. Des chaussures de cuir rouge remplacent les traditionnelles « pantoufles » pontificales. Un symbole pour ce pape sportif qui a baroudé tout autour de la terre.

Le Camerlingue, Mgr Martines Somalo, guide le cortège funèbre qui compte près de soixante-cinq cardinaux. Pour son dernier voyage terrestre, le pape est accueilli par les applaudissements des 150 000 personnes massées place Saint-Pierre. Après une cérémonie d’une heure et demie, son corps est finalement exposé au bout de la nef centrale, sous l’autel de la Confession.

21h00. Les portes de la basilique s’ouvrent enfin pour les fidèles venus tôt ce matin de toute l’Italie, et parfois de l’autre bout du monde, saluer la dépouille de leur pape. Tout le long de la Via della Conciliazione, des barrières d’aluminium dessinent un chemin de 10 mètres de large où attend une foule hétéroclite. A l’entrée de ce fleuve impressionnant, des bénévoles en dossard de couleur –la Protection civile italienne mobilise à elle-seule 5000 volontaires de tout le pays- distribuent de l’eau, du jus de fruit, et des couvertures pour les enfants. Un service d’ordre souriant, et néanmoins efficace, seconde la police.

Une fois à l’orée de la place éclairée comme en plein jour par des projecteurs, les visiteurs avancent, de barrière en barrière, par petits groupes. Sur le passage des fauteuils roulants, les gens s’écartent sans sourciller. Cols romains et voiles font souvent office de coupe-file… La carte de presse, malheureusement, non. Les hauts-parleurs diffusent, en italien, français ou polonais, des textes d’Evangile.

Mais la ferveur n’est plus la même que lors des rassemblements des jours précédents. L’atmosphère évoque plutôt la kermesse paroissiale : on prépare les appareils photo, on se retourne pour s’étonner de la foule immense qui court jusqu’au château Saint-Ange, on discute avec son voisin du successeur idéal de Jean-Paul II, on plaisante avec les étudiants chargés du service d’ordre. « Plus que 10 minutes ! » annonce l’un d’eux. Vito, militaire de 43 ans, est venu en voiture avec un ami de Brindisi, à 6 heures de Rome : « J’ai senti que je ne pouvais pas faire autrement que de venir, » explique-t-il. Depuis plus de 5 heures, il attend, dans la bonne humeur. Et dès demain après-midi, il repart en sens inverse.

Le P. Nicolas, grand Libanais de 33 ans, étudiant à Rome, veut voir celui qui, pour lui, est déjà un saint. « Mais ce corps mort n’est pas vraiment important, précise-t-il. Car Jean-Paul II est toujours avec nous par son âme. » Au pied des marches qui mènent à la basilique, la dernière barrière du service d’ordre s’ouvre, et notre groupe de pèlerins se hâte jusqu’aux lourdes portes. Un véritable fleuve humain parcourt la nef de marbre d’un pas rapide. Au bout, est exposé le corps sans vie, les pieds tournés vers l’assemblée, entouré de quatre gardes suisses, et veillé par un cierge pascal -signe de résurrection.

Le visiteur peut s’approcher à vingt mètres de lui. Appareils photos, caméscopes et téléphones portables capturent une dernière image du souverain pontife. Ce n’est pas l’image que je garderai de lui. Trop gris, trop figé, si fragile. Pour moi, depuis samedi, 21h37, l’athlète de Dieu est ailleurs… Pressés par le service d’ordre désireux de conserver un flux constant de visiteurs, les uns se signent, d’autres posent rapidement le genou à terre. Les flashes des reporters postés aux premières loges crépitent, et immortalisent sur les mêmes bobines visiteurs et proches du pape –cardinaux, sœurs polonaises du Vatican, personnel de la cité- qui prient autour de lui.

Dans les contre-allées, des fidèles se recueillent, debout ou à genoux. Ici, un père d’une trentaine d’années tient sa fillette de 8 ans par les épaules, la tête inclinée sur celle de la blondinette. Plus loin, des pompiers en uniforme prient devant l’autel d’une chapelle latérale. Là, une vieille femme assise sur le bord d’un confessionnel pleure en silence. Une franciscaine, agenouillés, égrène un chapelet, les yeux clos.

Un groupe de scouts, short bleu et sac-à-dos, défile en silence. Zosia, 38 ans, et son filleul Matteusz, 18 ans, Polonais installés à Chicago (Etats-Unis), portent le drapeau rouge et blanc de leur patrie, épinglé sur la poitrine. Leur avion a atterri à 14h45 à l’aéroport de Rome-Fiumicino. Après avoir posé leurs bagages à l’hôtel, ils sont venus attendre leur tour. «Mon deuxième prénom, c’est Karol, comme le pape, car je suis né pendant un de ses voyages dans ma ville de Gdansk, en Pologne, explique l’adolescent aux cheveux longs. Ce soir, je suis venu le voir comme je viendrais rendre visite à un ami. Je le trouve serein et souriant, sur son lit de mort. » Sa marraine, épuisée par le trajet et par la tristesse, ne trouve pas les mots pour exprimer ce qu’elle ressent. Elle sait simplement que chez elle, tout le monde attend le récit de son voyage. La rumeur annonce qu’un million de Polonais rallieraient Rome dans les jours à venir.

Basia et Zosia, 57 ans, sont déjà, arrivées, cet après-midi même, de Bornemouth, en Angleterre, où elles sont toutes deux professeurs. Basia a un lien très particulier avec le pape : jeune prêtre, Karol Wojtyla fut curé de sa paroisse de Wadowice, en Pologne. Evêque, c’est lui qui l’a confirmée ! Et plus tard, elle a randonné en montagne à sa suite, alors qu’il s’occupait d’étudiants. « Quand je me souviens de ce grand sportif et que je vois son corps malade aujourd’hui sur son lit de mort… lâche-t-elle avec émotion. Je regrette de ne pas être venue plus tôt, quand il était malade. Je pensais qu’il était immortel. » Son amie Zosia, elle, retiendra de ce pape une étonnante leçon de vie : « Ces dernières semaines, il nous a appris comment mourir. Dans la dignité. Ma mère a 86 ans, et je sais que cela lui a donné beaucoup de courage. »

Alors que le chapelet des visiteurs s’égrène à la sortie du vatican, un flot continu de croyants afflue au début de la Via della Conciliazione. Certains arrivent directement de la gare ou de l’aéroport, comme cette femme qui tire une valise à roulettes. Ceux qui attendent, serrés contre les barrières de la Via della Conciliazione, savent que la nuit risque d’être longue. D’autant plus que la basilique fermera ses portes entre 2 heures et 5 heures.

dimanche, 03 avril 2005

Dimanche, je retrouve la place Saint-Pierre

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0h00. Des familles entières arrivent par la Via della Conciliazione, et les fidèles déjà présents ne semblent pas décidés à quitter les lieux. Comme pour rester un peu plus longtemps en communion avec leur pape bien-aimé.

10h00. La nuit a dû être courte pour tous ces jeunes aux yeux gonflés qui ont dormi ( ?) sur les pavés de Saint-Pierre. Depuis une demi-heure, la dépouille du pape a quitté sa chambre, après le rite de la « constatation officielle » de la mort. Les autorités italiennes se sont inclinées devant la dépouille. Grande première : les caméras de télévision ont retransmis des images en direct. Place Saint-Pierre, les fidèles prennent place pour la messe d’hommage, en ce jour du dimanche de la Miséricorde.

Paula, 66 ans, assise sur un tabouret pliant, est arrivée tôt avec sa fille Federica, 31 ans. Les yeux rougis, elle cherche ses mots pour finalement confier sa « grande douleur » : «C’est comme si je venais de perdre quelqu’un de la famille. Jean-Paul II est un pape unique. Il tenait le monde entre ses mains. » En venant, Paula et sa fille ont traversé une ville plus silencieuse qu’à l’ordinaire. «En signe de respect pour le pape, » assure Federica.

Autour de moi, l’espace se remplit très vite. Une famille au grand complet, un Romain grisonnant, journaux du matin sous le bras, deux motards en blouson de cuir, des ados aux cheveux gominés, une fillette serrant une photo du pape, un couple de Polonais endimanchés tenant un bouquet d’œillets rouges et blancs. Aux côtés des nombreux évêques et cardinaux réunis autour de l’autel, sont réunies les plus hautes autorités italiennes, parmi lesquelles le Premier ministre Silvio Berlusconi.

10h30. Lorsque les écrans géants diffusent une image de Jean-Paul II, la foule ne retient pas ses applaudissements. Des voix juvéniles lancent alors le fameux « Giovanni Paulo » (Jean-Paul) très rythmé avec lequel la génération JMJ acclamait son héros. Les 200 000 personnes rassemblées reprennent en chœur. Lors de la messe, Mgr Sodano, qui préside la célébration, nomme le pape défunt « Jean-Paul le Grand ». Un titre qui, dans l’histoire, n’honore jusqu’alors que trois papes.

12h10. La messe terminée, un flot de pèlerins quitte peu à peu la place, aussitôt remplacé par de nouveaux venus. Au pied de l’obélisque, des lampadaires ou des piliers de la colonnade, de petits autels apparaissent. Une écriture adolescente, sur une feuille blanche glissée sous une pochette de plastique transparent : « Jean-Paul II, le pape de la paix, de l’amour et des jeunes, nous prierons toujours pour toi. Toi, du ciel, continue à prier pour nous. Affectueusement, Rosa et Stefania. » A côté, une longue lettre en Polonais. Puis un foulard au logo des JMJ sur lequel Laura et Mattia assurent : « Tu seras l’étoile de notre chemin. » Sur une feuille de cahier d’écolier, une main d’enfant s’est appliquée à écrire : « Viva el papa ! Davide et Matteo ».

Au pied d’une veilleuse rouge, un émouvant «Je n’aurai pas peur », en écho à l’exhortation lancée par le pape tant aimé. Assis sur le parapet de la colonnade, des fidèles attaquent un pique-nique. Parmi eux, une cohorte de religieuses toutes de gris vêtu. Après avoir vérifié sur ma carte de presse que j’étais bien journaliste à Pèlerin, Sœur Elisabeth, originaire du Salvador, fille de Marie auxiliatrice, accepte de me confier : « Oui, la présence du pape me manque déjà. Mais après avoir vécu la passion de Jésus, aujourd’hui, dimanche, jour de la résurrection, il est heureux avec Jésus et tous les saints !»

A l’orée de la place, arrive un cortège peu banal. Une cinquantaine d’Africains, certains en tenue occidentale, d’autres vêtus de boubous chamarrés, brandit une banderole de papier sur laquelle est griffonné, en français : «La communauté musulmane sénégalaise compatit à la grande perte de l’humanité. » En ce dimanche de deuil, la planète entière rejoint les Romains.

15h00. Dimanche après-midi ensoleillé. Mais les drapeaux sont en berne. Sur les murs, la mairie a placardé de grands portraits du pape, les bras levés comme pour saluer une foule. En sous-titre :« Merci », suivi de « Rome pleure et salue son pape. » Les rues grouillent de groupes de touristes, de pèlerins, et de familles italienne sorties pour la passeggiata (promenade). Sur la célèbre place « Navona », où des étals de marchands de rue et de peintres attirent les curieux, un pupitre de musicien expose une carte postale de Jean-Paul II. A côté, un petit mot signale :« Nous ne jouons pas de musique par respect pour la mort du pape ».

samedi, 02 avril 2005

J'entends Mgr Sandri annoncer : "Notre Saint-Père est retourné à la maison du Père

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21h37, place Saint-Pierre, au Vatican. Depuis deux jours, la place Saint-Pierre ne désemplit pas. Des dizaines de milliers de fidèles se relaient pour manifester au pape mourant leur affection. Essentiellement des Romains. Beaucoup de jeunes, mais aussi des familles avec poussettes, des anciens, des religieuses, des prêtres. Dans une ferveur unanime, ils viennent de réciter le rosaire, à l’intention de leur guide bien-aimé. Ce soir, nous sommes près de 60 000, les yeux tournés vers les deux fenêtres éclairées du troisième étage du Palais apostolique, celles du bureau du pape.

21h50. Soudain, l’archevêque Leonardo Sandri, substitut de la Secrétairerie d’Etat, rejoint le parvis de la basilique et prend la parole : « Chers frères et sœurs, je dois vous donner une nouvelle très importante. Ce soir, à 21h37, notre Saint-Père est retourné à la maison du Père. » Un lourd silence tombe sur la foule, suivi de longs applaudissements. Etonnants pour nous, Français, mais fidèles à la coutume italienne lors d’un décès. Beaucoup pleurent, mais sans hystérie, avec dignité. Au même moment, à côté des deux fenêtres éclairées, une troisième s’allume : celle de la chambre du Saint-père. Le cardinal Sodano lance alors la prière du De profundis avant de dire, à l’unisson de la foule : « Nous nous sentons tous orphelins. »

22h00. Depuis l’annonce funeste, la place est plongée dans la ferveur. Alors qu’un nouveau Rosaire est entonné, toute « la famille » arrive au Vatican. Les Romains, de tous âges, avertis par la radio, la télé, les téléphones portables ou les cloches des 1000 églises de la ville, viennent pleurer leur évêque. En voiture, en « motorino » (mobylettes), en autobus ou à pied. Dans ces moments-là, il fait bon être ensemble.

Les pèlerins de passage sont là aussi. Comme ce grand Polonais d’une trentaine d’années, serrant dans ses bras sa fillette enveloppée dans un drapeau blanc et rouge.

Quant aux touristes, ils se sont déplacés pour ne pas passer à côté de ce moment historique. Un groupe de jeunes filles anglaises, de religion anglicane, viennent veiller « ce grand homme ». Téléphones portables, appareils photo numériques et caméscopes se tournent vers les trois fenêtres éclairées du Palais apostolique pour immortaliser l’instant.

23h00. Le rosaire se termine. Les jeunes, à qui Jean-Paul II a dédié son dernier message, ce matin-même, envahissent l’esplanade. Ici, six Italiens de 20 ans, en jeans, blousons et baskets, se sont assis en rond, sur des matelas de camping. Au milieu, ils ont disposé des veilleuses, sur des foulards souvenir des JMJ (Journées mondiales de la jeunesse), et ouvrent leur bible de poche pour prier. Une jeune fille s’approche, et ils élargissent leur cercle. A côté de l’obélisque, une trentaine de Polonais de tous âges se tient, debout, autour d’un drapeau aux couleurs de leur pays, sur lequel ils ont écrit au marqueur : « Nous sommes avec toi. Merci, Père ! »

Des bougies sont dispersées sur l’oriflamme, où des personnes, à genoux, écrivent un mot d’adieu. Autour, le groupe, les yeux humides, chante sans fin des cantiques. Les gens se déplacent de groupe en groupe, cherchant le réconfort dans les chants ou les prières. L’affluence est réelle mais permet encore de déambuler aisément.

De plus en plus de jeunes s’installent sur des matelas de fortune, le sac-à-dos, le duvet, les bougies et la bouteille de jus de fruit à portée de main. Je retrouve l’ambiance des JMJ. La génération Jean-Paul II qui a passé des nuits dehors à attendre « son pape » pour les grands rassemblements, veut être là pour lui dire adieu.

Un jeune guitariste italien entraîne les passants à chanter « Ressuscito ! », accompagné par une de ses complices, au tam-tam. Des religieuses asiatiques en voile bleu frappent des mains en rythme, à côté de trois jeunes prêtres en col romain, et d’un couple d’adolescents enlacé. Non, l’ambiance n’est pas morose. Elle me ferait plutôt penser à ces retrouvailles familiales qui suivent souvent un enterrement. Réconfortantes et chaleureuses.

vendredi, 01 avril 2005

A visiter

Le site événementiel de Bayard : Jean-Paul II : Un Pape dans l'histoire.

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